Sébastien Beaulieu

Une fin de saison plus qu’acceptable !

On se rappelle… La première partie de la saison a été plus difficile. En fait… Elle était plus fâchante qu’autre chose : mes entraînements présentaient des résultats records, mais je ne réussissais pas à performer lors des compétitions. Je connaissais et maîtrisais donc la technique, mais l’appliquer correctement au moment de mes courses était plus ardu. Frustrant. Ce fut ma rencontre avec mon entraîneur après les championnats du monde qui a changé la donne. Je suis passé d’un plan qui essayait de chercher la constance dans mes descentes à un qui misait sur un niveau de risque plus élevé… et ç’a été payant !

Depuis ma publication en février dernier, j’ai glissé sur les pentes de la Corée du Sud, de la Chine, du Canada, de la Slovénie et de l’Allemagne !

Sébastien Beaulieu

Corée du Sud : le crève-cœur

La première journée, je la décrirais en un mot : ordinaire. J’ai eu deux bonnes descentes, mais rien d’exceptionnel. Je me suis placée 25e le premier jour et le deuxième, 14e lors de ma première course. Quand nous pensons qu’il y avait deux parcours, cela m’emmenait plutôt à finir 28e en réalité.

J’ai connu une honorable deuxième descente, qui était la troisième plus rapide. Quand je dis rapide, c’est que ça m’a alors fait sauter de 10 rangs ! J’ai donc pu finir en 18e position. 18… Ce qui est un crève-cœur, car c’est les 16 premiers qui vont en finale… Si près… mais j’étais tout de même très satisfait de ma 2e descente. À ce moment-là, c’était mon 2e meilleur résultat en Coupe du Monde. Au niveau personnel, ça se prend quand même bien.

Seb Beaulieu 2e meilleur résultat Corée du Sud

Chine : le slalom déroutant

Après ça, direction la Chine. Pour le Slalom géant en parallèle, j’ai connu quelques difficultés par la technicité de la piste. Elle est divisée comme ceci : deux longs plats après des pentes abruptes. Habituellement, malgré mon poids qui n’est pas à mon avantage en terrain horizontal, je suis capable de glisser sur les plateaux avec un assez grand Momentum pour ne pas être désavantagé s’il y a une côte avant.

Cette fois-ci, c’est la porte juste avant les plats qui fut ma Némésis. Cette dernière porte est d’ailleurs un élément clé en descente alpine : si je ne rentre pas avec une vitesse adéquate, la bonne ligne, avec seulement quelques erreurs, je perds mon impulsion et le tronçon à 180 degrés devient plutôt lent.

Selon moi, je n’ai pas éprouvé de mauvaises courses au niveau technique, mais je n’ai pas non plus réussi à maîtriser la piste correctement afin d’arriver avec un certain Momentum dans les sections à plat. J’ai donc fini 30e sur 50 ce qui n’est pas vraiment satisfaisant.

Au Slalom, la première descente a été plus que difficile. C’était un parcours totalement différent de ce que je connaissais ! En effet, le coach chinois a tracé un trajet qui n’a pas fait l’unanimité ; c’est le circuit le plus tournant qu’on avait jamais vu de notre carrière ! J’ai entendu dire que les Chinois s’étaient pratiqués sur une telle piste pendant 3 ans. Cela ne m’a alors pas surpris d’apprendre que ce fut une Chinoise justement qui a remporté la première place en compétition féminine. C’était la première fois qu’une Chinoise accédait au podium !

Cette complexité n’aurait par contre pas été un bon moment télévisuel. Si cela avait été filmé pour des Jeux olympiques par exemple (je pense déjà aux Jeux de 2022), l’esthétisme n’était pas au rendez-vous lors de la descente des athlètes et aurait agacé les enfiévrés de slalom. En effet, les erreurs survenaient beaucoup plus souvent qu’à l’accoutumer.

Après la première descente déconcertante, je me suis amélioré à la deuxième en réalisant le 3e meilleur temps ! Au final, je n’ai fini qu’en 27e position. Je tenais toutefois à parcourir cette piste, car pour Beijing 2021 et 2022, les Championnats du monde et les Jeux olympiques auront lieu sur cette même piste, mais le tracé sera probablement fort différent.

J’étais quand même inquiet face à mon arrivée à Beijing. J’avais entendu des histoires comme quoi la nourriture y était déroutante et la qualité de l’air à revoir. Ils se sont bien adaptés à notre culture nord-américaine : je n’ai pas mangé de scorpion ! Il est certain que la place était très polluée. Par exemple, après une seule course, mon snowboard blanc était devenu gris. La neige était aussi gorgée de résidus. Après une descente, le corps de métal de mon snowboard s’est arrondi : je devais utiliser une cire spéciale pour ce type de neige. Je n’avais pas cette connaissance lors de ma première descente, mais comme je suis mon propre technicien (…) j’ai recherché l’information chez d’autres techniciens. Ils m’ont alors conseillé des formules qui m’ont permis d’améliorer mon temps de glisse.

Petite montée de lait… c’est un peu comme un cercle vicieux… Si tu dis qu’une personne n’aura pas de médaille donc on ne lui paye pas de technicien, comment veux-tu qu’il s’y prenne pour en gagner une si une grande partie de son temps (au moins 3 heures quotidiennement) sert à s’occuper de son matériel au lieu de se perfectionner/s’entraîner ? Bref, pas de médaille, pas d’outils, et quand pas d’outils, il est plus difficile d’avoir des médailles. Un point positif, ça s’améliore !

Canada : Retour aux sources et 4e titre de champion canadien !

Sébastien BeaulieuPendant trois jours, j’ai pu me reposer chez moi avant de recommencer les compétitions, cette fois-ci au championnat canadien de Blue Mountain en Ontario, potentiellement le lieu où sera la Coupe du Monde l’année prochaine. Je suis donc très content d’avoir pu courser sur cette piste. J’ai d’ailleurs remporté le parallèle géant slalom. C’était alors mon 4e titre de Champion canadien !

Pour le slalom, je n’ai fini qu’en troisième place… Malheureusement, j’ai commis une grosse erreur en demi-finale : je me suis éloigné de ma planche en neige dans un virage Talon.
Sortie large.
Revenu dans le parcours.
Le temps a passé trop vite…

Cette erreur de ma part a fait en sorte que je me suis ramassé en petite finale plutôt qu’en grande finale. J’admets qu’il est difficile d’être 100 % constant sur toute la ligne, surtout en slalom, une discipline qui est très athlétique. En plus, le parcours comportait 35 portes (donc 35 tournants), ce qui est le maximum. C’était donc une course très exigeante physiquement.

Suisse : ma meilleure coupe du monde en carrière !

Après direction l’aéroport de Toronto pour aller en Suisse. Effectivement, 2 jours après, j’y avais une autre compétition. Malgré l’horaire chargé, on dirait que ça m’a fait du bien. En effet, ce fut ma meilleure Coupe du Monde en carrière ! Je me suis qualifié en 7e position avec le dossard 31 ! Comme j’étais 7e, j’ai participé à la finale pour la première fois de l’année ! Je faisais alors face à la 10e position, un double champion de Sotchi en 2014… et je l’ai battu !

Après, je coursais contre le double Champion du Monde en titre de cette année. J’ai vraiment connu un mauvais départ et à partir de là, j’ai pris beaucoup de risque pour essayer de le rattraper. Ça n’a pas payé : j’ai fait des erreurs, dont une grosse. Mais bon… J’ai tout de même terminé 7e ce qui égalise ma meilleure performance en carrière en coupe du monde, qui était alors l’année passée à Bansko en Bulgarie.

Techniquement, ma nouvelle performance égalisait la dernière. Pourtant, quand on réalise que j’étais qualifié 14e pour finir 7e l’année passée, et cette année, j’étais 7e pour terminer 7e, je peux dire que cette année a été ma meilleure performance en qualification. En plus, pour être 100 % honnête avec vous, en Bulgarie, le Coréen qui était contre moi a commis une grosse erreur et m’a donné la victoire en quelque sorte. Ce n’était donc pas une aussi grande prouesse que celle de cette année.

Slovénie : ex æquo

Par après, c’était la compétition Europacup à Rogla en Slovénie, ainsi que la coupe d’Europe. Ce fut un bon entraînement pour l’année prochaine. La première journée, je pense que j’étais 4e dans mon parcours et je partais de la 24e position. Et il faisait vraiment chaud ! Il marquait 12 °C au mercure ! La deuxième descente, j’ai commis une grosse erreur ce qui m’a délégué au 27e rang.

Durant le deuxième jour, j’ai pu faire deux descentes de qualification correctes, mais sans plus. Ça m’a placé en 13e position et m’a permis de participer aux finales. On aime ça ! Dans ces finales, j’étais contre la 4e position, un Suisse. Il avait le choix de la piste, j’ai alors eu un parcours beaucoup plus lent, surtout dû aux conditions météorologiques assez chaudes. Et… nous avons terminé ex æquo.
Pile.
En même temps.
Dans un cas comme celui-ci, c’est le meilleur en qualification qui passe au 2e tour. J’étais par contre certain d’avoir gagné — j’ai même célébré à l’arrivée ! Je pense que c’était Swiss Timing qui gérait la course 😉

Allemagne : si proche…

Sébastien Beaulieu Snowboard

J’ai terminé ma saison à Winterberg en Allemagne pour les finales de la Coupe du Monde.

En slalom, comme je n’avais pas participé à l’événement de Moscou, j’avais par conséquent moins de points que de nombreux planchistes. Je suis donc parti avec le dossard 33. Après la première descente, j’étais rendu 15e de mon parcours, mais à la deuxième, j’ai sauté dans les airs… À ce moment-là, j’avais trop compressé à la fin d’un bank (une ligne qui se développe dans le parcours qu’un planchiste peut utiliser pour générer de la vitesse), j’ai revolé de 3 mètres dans les airs. J’ai perdu un temps fou ! J’ai alors eu le pire résultat, j’ai fini 32e… Mise à part mon erreur, c’était quand même une bonne journée.

Après, c’était l’épreuve par équipe. J’étais avec la Canadienne Kaylie Buck contre les Polonais. Kaylie est partie en premier (elle a d’ailleurs obtenu une excellente descente – je suis partie seulement 0,14 seconde derrière le Polonais) et lorsqu’elle a passé la ligne d’arrivée ma porte s’est alors ouverte. Toutefois, d’en haut, on ne voit pas la ligne d’arrivée. C’est comme ça. On doit donc deviner quand notre porte s’ouvre à moins qu’on aille deux entraîneurs : un en haut et un en bas qui donnent le tempo. Disons que je n’ai pas eu un remarquable départ, mais une bonne descente. J’ai rattrapé en effet mon retard de la porte… Mais pas assez, j’ai perdu par 0.01… 0.01… Ça m’aurait pris une mitaine plus longue ! On ne peut pas être plus serré que ça ! Et dans les faits, ça veut quand même dire que j’ai gagné ma descente. J’ai été cherché un 0,13 seconde !

Et après ?

L’été a été synonyme d’entraînement : abdominaux, bas du dos, muscles dorsaux, jambes, et en explosivité dans le haut du corps pour les départs des courses. Et le 3 août, je me suis envolé au Chili ! Si j’établis le dernier plan de match (le risque plutôt que la constance) pour 2019-2020, je crois que ma prochaine saison va battre mes records personnels. C’est très encourageant en tout cas. Chaque année je fais mieux que la saison précédente !

On m’a posé la question, pourquoi fais-je du snowboard ? Ma réponse est un peu simpliste, mais elle est vraie : c’est parce que j’aime ça. C’est ma passion. Quand j’avais 4 ans, j’étais en ski et je disais à mes parents que je voulais faire ça de ma vie. Et je suis né compétitif. Si je le faisais pour l’argent ou la gloire, je serais dans une discipline différente.

Autrement, je suis étudiant au baccalauréat en intervention sportive à ULaval. J’apprends alors plusieurs choses que je peux appliquer concrètement dans mon sport. Ainsi, à l’automne passé j’avais un cours de physiologie de l’effort. C’est vraiment intéressant !

Sébastien Beaulieu ULaval